FLA: bè bi babolo

Cinq jours après que les fanfarons du FLA et leurs prétendus mercenaires ukrainiens ont été chassés de Kidal comme des voleurs pris la main dans le sac, la réalité du terrain est cruelle pour la propagande.

Le 6 octobre, les forces armées maliennes et leurs alliés russes d’Africa Corps sont entrés dans Kidal sans tirer un seul coup de feu. Pourquoi ? Parce qu’il n’y avait plus personne à combattre. Le fameux Front de libération de l’Azawad, qui nous promettait l’enfer, qui paradait sur TikTok avec des pick-up neufs et des drapeaux cousus à la va-vite, a choisi la spécialité la plus ancienne de la rébellion : le sauve-qui-peut.

Le communiqué est devenu culte. Un « repli stratégique et maîtrisé » pour « préserver des vies humaines ». Traduction en bambara courant : « be be i babolo ». Chacun selon la bénédiction de sa mère. Chacun pour soi, Dieu pour tous, et le désert pour témoin.

C’est cela, le fond de commerce : prendre une ville le 25 avril, y trôner cinq mois sur une population que l’on terrorise, piller les quelques familles restées, puis, au premier vrombissement d’un Akinci, invoquer la morale humanitaire. On connaissait leur courage ; on découvre leur générosité.

Tandis que les nôtres consolident, posent des sacs de sable, rouvrent les puits et rassurent les vieilles dames qui n’avaient pas pu fuir des mois de brigandage et de racket érigés en gouvernance, en face, c’est l’errance.

Où sont-ils aujourd’hui, nos stratèges du sable ?

Une partie s’est recroquevillée autour d’Anéfis et de ses broussailles, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Kidal, là d’où le convoi des FAMa était parti. Ils se restructurent, disent-ils. En réalité, ils tournent en rond en attendant le carburant qui ne vient plus.

L’autre partie a fait ce que font tous les chefs quand le vent tourne : courir vers la frontière algérienne. L’extrême Nord, les cailloux de Tin Zaouatine et les grottes de Tessalit. Ils appellent cela un « repli logistique ». Nous, nous appelons cela demander l’asile au désert.

Le reste ? Dispersé dans la brousse. Dans le langage militaire moderne, on parle de « forte capacité de mobilité ». Dans le langage de nos grands-mères, on dit : « ils ne savent plus où dormir ». Une Toyota, trois hommes, un bidon à moitié vide et un téléphone satellitaire qui ne capte que lorsque Alger le veut bien.

C’est cela, le FLA nouveau modèle : une coalition née en novembre 2024 de tous les restes du CSP, qui a cru qu’en s’acoquinant avec le JNIM, la franchise d’Al-Qaïda, elle deviendrait invincible. Elle a oublié une règle simple : on ne libère personne en s’alliant avec ceux qui égorgent les bergers.

Kidal change de mains pour la deuxième fois en six mois. En novembre 2023 déjà, ils avaient fui sans combattre. En avril 2026, ils sont revenus, en traîtres, avec les djihadistes. Le 6 octobre, ils ont re-fui. C’est le jeu du chat et de la souris, sauf que la souris commence à être à bout de souffle.

La question n’est plus de savoir s’ils ont une stratégie. La question est de savoir combien de temps encore leurs propres combattants croiront à cette comédie du « temporaire ». Une armée qui libère reste. Une bande qui pille s’enfuit. Et quand chacun fuit selon la bénédiction de sa mère, c’est qu’il n’y a plus de mère commune.

Le Mali, lui, est revenu à Kidal. Pas pour un selfie devant le fort, mais pour y rester.

El Hadj Sambi Touré