Ce mardi 6 octobre 2026, les Forces armées maliennes (FAMa) ont repris Kidal, mettant fin à 164 jours d’occupation par la coalition FLA–JNIM et restaurant pleinement la souveraineté nationale sur cette ville. Menée dans le cadre de l’opération Dougoukoloko depuis Anéfis, sans combat frontal, cette victoire est à la fois militaire et diplomatique. Elle intervient seulement 88 jours après la normalisation historique entre le Mali et l’Algérie, le vendredi 10 juillet dernier, et confirme l’effritement d’une alliance rebelle opportuniste et purement tactique.

Contrairement au récit du FLA évoquant un repli stratégique maîtrisé pour protéger des civils, les faits établissent que la ville a été vidée par les rebelles eux-mêmes, qui en étaient les rares occupants, et qu’ils ont fui précipitamment face à la supériorité aéroterrestre des FAMa et de leurs partenaires d’Africa Corps, ainsi que des alliés du GATIA et du MSA. Au-delà du symbole, l’enjeu est désormais d’administrer durablement Kidal reconquise et de transformer le succès militaire en ancrage administratif. En attendant, voici les principaux faits et chiffres de cette reconquête, sélectionnés pour vous.

Kidal : 164 jours de « squat »

Kidal aura été occupée exactement 164 jours, du 25 avril au 6 octobre 2026, soit 5 mois et 11 jours d’occupation sans administration réelle, soldés par une fuite sans combat. Cette occupation stérile contraste avec la séquence diplomatique qui a rendu la reconquête possible. Le vendredi 10 juillet, le Mali et l’Algérie ont normalisé leurs relations après quinze mois de tensions. Entre cette date et le 6 octobre, il s’est écoulé seulement 88 jours. Le Premier ministre Abdoulaye Maïga s’est rendu à Alger le 24 août, soit 43 jours avant la reprise, suivi 21 jours plus tard par son homologue Sifi Ghrieb à Bamako, le 14 septembre, soit 22 jours avant Kidal. La souveraineté se reconquiert par les armes et par la diplomatie.

Pas de liesse populaire

L’entrée des FAMa à Kidal, le 6 octobre 2026, ne s’est accompagnée d’aucune liesse populaire, contrairement au 14 novembre 2023, où la ville avait vibré. Ce constat n’est pas un désaveu, mais la conséquence directe de la stratégie du FLA. L’armée malienne et ses partenaires d’Africa Corps sont entrés dans une ville fantôme, totalement vidée après des semaines de frappes préparatoires et un exode massif achevé la veille. Les témoignages confirment une cité silencieuse, d’où le FLA avait ordonné l’évacuation avant tout contact. La liesse a bien eu lieu, mais à Bamako, à Gao, à Sikasso et sur les réseaux sociaux, où la nation a célébré le retour de l’État. Le déplacement des célébrations prouve que le peuple malien soutient son armée, même si Kidal était vide de civils le jour J.

Ville désertée

Oui, Kidal était largement vidée de ses habitants, comme l’attestent plusieurs sources. Les FAMa et leurs frères d’armes d’Africa Corps et du MSA–GATIA sont entrés vers 13 heures sans combat terrestre direct, le FLA ayant fui vers le désert. Cette reprise sans effusion de sang est d’abord symbolique, mais elle révèle une vérité crue : après 164 jours de contrôle, le FLA laisse une ville morte, sans eau, sans électricité, totalement paralysée. Il est incapable de peupler et d’administrer la ville qu’il prétendait libérer. L’État malien revient donc non pour parader, mais pour reconstruire une localité que l’occupation rebelle a méthodiquement vidée de sa substance humaine et matérielle.

Qui a fait fuir les Kidalois ?

L’exode de Kidal s’est déroulé en deux vagues successives, directement provoquées par l’occupation rebelle et non par sa libération.

Première vague, dès fin avril 2026 : la prise de force de la ville par la coalition FLA–JNIM provoque une fuite massive par peur de l’insécurité jihadiste et de l’instauration d’un ordre rigoriste. En mai, l’armée malienne elle-même invite les civils à évacuer pour isoler les combattants retranchés et mener des bombardements ciblés et précis.

Seconde vague, fin septembre et début octobre : les quelques milliers de derniers résidents fuient l’intensification des frappes aériennes préparatoires et la progression terrestre depuis Gao et Anéfis. L’évacuation finale s’accélère entre le 4 et le 5 octobre, veille de l’entrée des FAMa. Ce sont donc bien l’occupation du FLA et son échec qui ont fait fuir les Kidalois.

L’ingratitude de l’éternelle victime…

Selon les proxys du FLA, Kidal aurait été sacrifiée sur l’autel de la réconciliation entre Bamako et Alger. Hier, disent-ils, Alger traitait Goïta de putschiste et relayait les victoires de l’Azawad ; aujourd’hui, elle serre la main de Bamako et abandonne l’Azawad. Et ce n’est pas la première fois. L’histoire du traitement par les dirigeants algériens du dossier Azawad est remplie de trahisons et de changements de position selon l’intérêt : tantôt médiateur, tantôt allié, puis abandon de l’Azawad lorsque les calculs changent, voire livraison de leurs chefs au Mali. Et ce n’est pas la première blessure pour l’Azawad, et ce ne sera pas la dernière tant que son destin restera lié aux calculs des autres.

Ce récit d’ingratitude oublie l’histoire et inverse cyniquement les responsabilités. Comme si l’on avait oublié le lundi 26 août 2024, ce funeste jour où un « émir diplomatique » – pardon, le représentant permanent de l’Algérie auprès de l’ONU, l’ambassadeur Amar Bendjama, à Genève, lors de la cérémonie commémorative organisée par l’ONU à l’occasion du 75ᵉ anniversaire de l’adoption des Conventions de Genève – a accusé l’armée malienne, à la suite de l’embuscade de Tinzaoutène, d’avoir bombardé et massacré des civils innocents (des femmes et des enfants).

Le diplomate algérien avait dénoncé les frappes de drones menées la veille (le 25 août 2024) à Tinzaouatène par l’armée malienne. Il avait affirmé que ces bombardements avaient causé la mort d’une vingtaine de civils innocents, ciblant spécifiquement des femmes et des enfants, et avait réclamé que les responsables rendent des comptes.

Un confrère au front

Parmi les images fortes du 6 octobre figure le retour à Kidal de Sidi Elmehdi Ag Albaka, directeur de l’ORTM Kidal. Le 25 avril dernier, il avait échappé de justesse à une tentative d’assassinat par le FLA–JNIM lors de leur prise de la ville. Ce mardi, il revient chez lui, en première ligne, à la fois comme journaliste et comme fils de Kidal, pour reprendre l’antenne. Au-delà du métier, être présent sur un terrain aussi sensible exige un courage exemplaire et un engagement professionnel total. Sa présence est la meilleure réponse à la propagande rebelle : l’État malien revient avec ses agents, ses journalistes, ses services publics. Là où le FLA voulait faire taire la voix du Mali, l’ORTM émet de nouveau depuis Kidal libérée. Hommage appuyé au courage d’un soldat au micro, d’un confrère, d’un frère.

Où est le JNIM ?

Où sont passées les unités du JNIM qui avaient repris Kidal en avril aux côtés du FLA ? Elles ont disparu du théâtre nordiste. Selon une source proche du groupe, citée le 6 octobre, le groupe armé terroriste avait décidé, plusieurs semaines auparavant, de ne pas défendre Kidal face à l’avancée de l’armée malienne. Arrivés à hauteur d’Anéfis, ses combattants ont refusé une bataille de position coûteuse, préférant déplacer l’effort sur plusieurs fronts à travers le Mali central et méridional. La plupart de ses dirigeants seraient désormais repositionnés dans le sud et dans le Macina, loin du désert. Cette doctrine de mobilité et de guerre multi-fronts expliquerait le lâchage du FLA. Le FLA, qui apportait l’ancrage local touareg, s’est retrouvé seul. « Tonjon je : Jeko nyuman ni farako jugu » : l’alliance des traîtres a montré sa nature purement tactique, intéressée et fragile.

Abandon en plein désert

L’alliance FLA–JNIM est-elle morte de sa belle mort ? Non, mais elle est sous forte tension et révèle sa nature purement pragmatique et opportuniste. Négociée dès début 2025 autour d’un ennemi commun, le Mali, elle reposait sur une complémentarité cynique : le FLA apportait l’ancrage local et la légitimité touarègue, le JNIM la puissance militaire et logistique, ainsi que les réseaux de trafic et de financement. La perte de Kidal, après l’échec d’Anéfis en juillet, met cette cohabitation à rude épreuve. Les rivalités tribales, personnelles et autour des routes de trafic ressurgissent avec force dans le désert. Surtout, le communiqué du FLA du 6 octobre ne mentionne même plus le JNIM, preuve de l’embarras et de la rupture stratégique. L’alliance peut survivre en coordinations ponctuelles, mais elle n’a jamais été idéologique ni durable.

Les vraies raisons de l’évitement

Les responsables politiques et militaires du FLA assuraient pourtant qu’ils défendraient Kidal jusqu’à la dernière goutte de sang et que la riposte serait épique face à l’armée malienne. Pourquoi cet évitement total le 6 octobre ? La réponse est militaire et classique pour un groupe irrégulier en position de faiblesse. Face à une pression progressive depuis fin avril, à des frappes aériennes répétées, à la défense d’Anéfis, à la densification des positions à Aguelhoc et à l’opération Dougoukoloko, défendre une ville en position statique face à la supériorité aérienne des FAMa aurait été suicidaire. Les drones et l’aviation rendent la défense urbaine très coûteuse sans riposte équivalente. Le FLA a donc préféré préserver ses combattants et sa logistique pour une guerre de mouvement et d’usure ailleurs, plutôt que de se faire décimer. L’argument civil permet de masquer un retrait subi.

La guerre n’est pas finie

La reprise de Kidal est une victoire majeure qui redonne de l’air à la Transition après l’affront d’avril, mais ce n’est pas la fin de la guerre. C’est un cycle que l’histoire récente a déjà montré. Le FLA assure s’être retiré intact, sans pertes, avec ses cinquante prisonniers transférés avant l’arrivée des FAMa, et lance : « Prendre Kidal n’est que symbolique, ce n’est rien par rapport à ce qui vous attend. » On a déjà vu ce film en novembre 2023, avec une reprise sans combat suivie d’une perte trois ans plus tard. Comme le disait un ancien haut gradé, cette conquête n’avait rien apporté au processus de paix si elle ne servait qu’à flatter l’orgueil. L’alliance rebelle–djihadiste reste opérationnelle dans le désert, a des relais et des traîtres à sa solde, et la guerre se déplace désormais vers d’autres fronts. La vigilance s’impose.

Quelle sera la prochaine étape ?

Militairement, la prochaine étape est déjà annoncée par des sources sécuritaires : pousser vers Tin Zaouatine, sanctuaire du FLA et du GSIM à la frontière algérienne, où Wagner avait subi sa pire défaite en juillet 2024, avec plus de quatre-vingts morts. C’est logique sur le plan stratégique, mais très risqué : terrain désertique immense, guérilla, engins explosifs improvisés et sensibilité extrême d’Alger, qui surveille sa frontière. Les frappes à Tinzaouatène et le renforcement des postes d’Anéfis et d’Aguelhoc en sont les prémices visibles.

Politiquement, le plus dur commence maintenant : tenir une ville vide, rétablir un gouverneur, une administration, l’eau, l’électricité, sécuriser contre les infiltrations et faire revenir la population, y compris celle qui soutient majoritairement le FLA. Il va nous falloir inventer une nouvelle gouvernance pour ne pas laisser un vide exploitable.

La reprise de Kidal, le 6 octobre, referme 164 jours d’occupation terroriste sans lendemain et ouvre une phase décisive pour notre souveraineté. Elle prouve que le Mali progresse quand diplomatie et force se conjuguent, avec le soutien (ou la neutralité) retrouvé d’Alger et la détermination des FAMa. Le FLA, privé de son allié JNIM et incapable de tenir une ville, a montré ses limites stratégiques, morales et politiques. Reste le plus difficile : transformer une victoire militaire en victoire politique durable. Cela exige de repeupler Kidal, d’y rétablir l’administration, les services essentiels et la sécurité, et de proposer un projet crédible aux populations du Nord, au-delà du tout-sécuritaire. C’est à ce prix que le cycle des prises et des pertes s’arrêtera définitivement.

PAR EL HADJ SAMBI TOURE

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