Prévu hier, lundi 5 octobre 2026, devant la Chambre criminelle du Pôle national économique et financier, le procès de l’ancien maire du District de Bamako, Adama SANGARÉ, et de ses huit coaccusés a été renvoyé au jeudi 8 octobre. Les accusés étaient présents à l’audience, mais la Cour a décidé de reporter l’examen de l’affaire en raison de la tenue préalable d’un autre procès, dont la durée ne permettait pas de garantir l’ouverture des débats sur le dossier de la zone aéroportuaire.
Très attendu, ce procès porte sur des faits présumés d’atteinte aux biens publics et de complicité d’atteinte aux biens publics, liés au lotissement de la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou, classée dans le domaine public immobilier de l’État.
Selon l’ordonnance de non-lieu partiel et de mise en accusation devant la Chambre criminelle du Pôle national économique et financier, Adama SANGARÉ, Souleymane DAGNON, Ibrahima KOÏTA et Daha KEÏTA sont inculpés d’atteinte aux biens publics pour avoir procédé au lotissement de cette zone. Bourama COMAGARA, Dramane TRAORÉ, Sékou KEÏTA, Fatoumata SAMASSÉKOU et Adam Aïché TRAORÉ sont, quant à eux, inculpés de complicité d’atteinte aux biens publics. Le préjudice financier provisoirement retenu par la justice est évalué à 483,964 millions de FCFA.
À l’origine de cette procédure se trouve une dénonciation du ministère des Domaines et des Affaires foncières concernant des opérations de lotissement réalisées dans la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou.
D’après les éléments de l’ordonnance, cette zone a été classée dans le domaine public immobilier de l’État par le décret n° 99-252/PRM du 15 septembre 1999, portant classement d’une parcelle de terrain à usage d’emprise aéroportuaire. Elle couvre une superficie de 7 194 hectares et fait l’objet de plusieurs titres fonciers, notamment les titres n° 1528 et n° 7616 de la Commune VI du District de Bamako, ainsi que les titres n° 11 143 et n° 11 144 du cercle de Kati.
En raison de son classement dans le domaine public, cette emprise était soumise au régime juridique applicable au domaine public de l’État.
L’information judiciaire aurait mis en évidence des opérations de lotissement considérées comme irrégulières et impliquant plusieurs autorités communales et administratives, ainsi que des agents des services techniques de l’État.
Au cœur du dossier figure notamment la gestion de l’ancien maire du District de Bamako. Selon l’ordonnance, Adama SANGARÉ aurait pris, entre 2016 et 2018, 381 décisions portant régularisation de parcelles dans la zone aéroportuaire. Ces décisions auraient conduit à l’attribution de 27 656 parcelles.
L’ancien maire reconnaît avoir procédé à des attributions dans cette zone. Toutefois, dans ses déclarations rapportées par l’ordonnance, il affirme avoir agi sur instruction verbale de l’ancien président de la République, Ibrahim Boubacar KEÏTA.
Adama SANGARÉ aurait expliqué que cette instruction visait notamment à attribuer des parcelles à des ressortissants du Nord afin de contribuer à trouver une solution à la crise et à la rébellion. Il soutient également que le président Ibrahim Boubacar KEÏTA avait promis le déclassement de la zone, mais que cette procédure n’aurait pas été menée à son terme avant le coup d’État.
Le renvoi au jeudi 8 octobre devrait permettre à la Chambre criminelle d’entamer l’examen au fond de cette affaire, qui mêle gestion foncière, patrimoine public et responsabilités administratives.
Les débats devront notamment permettre d’entendre les accusés sur les conditions dans lesquelles les décisions de lotissement et d’attribution ont été prises, mais également d’examiner le rôle attribué à chacun des coaccusés.
Après plusieurs années de procédure, ce procès constitue une étape importante pour déterminer les responsabilités dans le dossier de la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou. La tenue des débats devra permettre aux accusés de présenter leurs moyens de défense et à la justice de trancher sur la base des éléments du dossier.
PAR MODIBO KONÉ