Le dimanche matin 4 octobre 2026, la piste qui mène à Kidal est de nouveau au centre de toutes les attentions. Pourquoi ? Depuis le vendredi 2 octobre, une colonne logistique blindée des Forces armées maliennes (FAMa) et de leurs partenaires russes d’Africa Corps progresse vers le nord par la route nationale 18. Pas de parade ni d’annonce triomphaliste : il s’agit d’un mouvement méthodique, mené sous une importante couverture aérienne et suivi heure par heure par tout un peuple debout derrière son armée.

De quoi s’agit-il vraiment ? Où en est la colonne ? Pourquoi maintenant ?

Un mouvement dans la continuité de Dougoukoloko

Il faut replacer les événements dans leur chronologie. Le 1er octobre, l’état-major général a annoncé le cadre de l’opération Dougoukoloko, qui prévoit la poursuite des opérations de surveillance et de reconnaissance à Kidal, Ségou et Mopti, afin d’évaluer avec précision les effets des frappes, d’en établir un bilan consolidé, puis de rechercher et de neutraliser toute menace résiduelle.

Le lendemain, plusieurs sources ont annoncé une vaste opération interarmées en direction de la région de Kidal, avec pour objectif affiché de frapper des positions fortifiées, des dépôts logistiques et des points de regroupement terroristes identifiés grâce au renseignement. L’aviation prépare le terrain, les drones neutralisent les positions stratégiques, puis les forces terrestres progressent.

C’est dans cette logique que s’inscrit le convoi déployé le 2 octobre. Il ne s’agit pas de la grande colonne d’une centaine de véhicules partie de Gao le 2 octobre 2023, qui avait brisé le dispositif défensif à Tabankort et à Anéfis pour reprendre Kidal. Il s’agit plutôt d’un convoi d’escorte et de ravitaillement, plus léger et plus mobile, qui effectue des rotations sur l’axe Gao-Anéfis-Aguelhoc-Kidal, colonne vertébrale de la RN18.

Son rôle est essentiel : ravitailler les populations des localités échappant au contrôle des groupes terroristes et consolider le verrou d’Anéfis, repris puis érigé en base avancée en juillet et en septembre 2026.

Itinéraire et situation ce dimanche matin

Où en est-on ce dimanche 4 octobre à 8 heures ? Selon les communiqués et les informations recoupées localement, la colonne a quitté la zone d’Anéfis le 2 octobre au matin. Elle progresse vers le nord le long de la RN18, un axe désertique et sablonneux où chaque oued peut dissimuler un engin explosif.

Samedi matin, le convoi est tombé dans une embuscade à Tabrichaat, une localité située entre Anéfis et Kidal. L’état-major a confirmé l’attaque dans la matinée, faisant état d’une riposte immédiate et d’opérations toujours en cours, sans toutefois publier de bilan.

Il s’agit d’un mode opératoire classique dans cette zone : harcèlement mené par des éléments coalisés du JNIM et du Front de libération de l’Azawad, tentative de fixation, puis dégagement avec l’appui de l’aviation.

Contrairement à une rumeur qui a circulé hier soir et faisait état d’une arrivée à Kidal à 21 heures, aucun communiqué officiel de la DIRPA n’a confirmé, pour ce convoi précis, une entrée dans la ville. La référence aux « 21 heures » correspond à un autre épisode : le retour du convoi de Tinzaouatène, en octobre 2024.

Samedi soir, la colonne a repris sa route après la riposte. Ce dimanche matin, elle était signalée en phase de sécurisation et de contrôle de la zone autour de Tabankort et d’Anéfis, avec une progression prudente vers le nord.

Nous ne communiquerons pas ici sa position au kilomètre près. Par respect pour la sécurité de nos soldats et par éthique journalistique, Info-Matin ne publie pas de coordonnées tactiques en temps réel.

Quels sont les objectifs ?

Pourquoi progresser maintenant ? Trois raisons peuvent être avancées.

D’abord, une raison stratégique. La maîtrise de Kidal et de la bande frontalière avec l’Algérie, jusqu’à Tinzaouatène, Talhandak et Inafarak, constitue un enjeu majeur. Selon l’armée, le contrôle de cet espace permettrait de désorganiser une grande partie des réseaux logistiques, des flux de ravitaillement et des capacités de projection du JNIM et du FLA vers le centre et le sud du pays.

Il s’agit de couper les voies d’approvisionnement des colonnes qui viennent frapper Mopti, Ségou, voire Bamako.

Ensuite, une raison politique. Après la reprise de Kidal, le 14 novembre 2023, des voix adverses avaient annoncé, au printemps 2026, un retournement de situation. Sur le terrain, les FAMa ont répondu par une campagne aéroterrestre continue, menée de mai à septembre, avec des frappes de drones, l’engagement de MiG et la sécurisation d’Anéfis.

Le mouvement du 2 octobre s’inscrit dans cette continuité. Il vise à montrer que l’État ne s’arrête pas à Kidal-ville, mais qu’il entend progresser jusqu’à la frontière.

Enfin, une raison humanitaire. Des milliers de familles originaires du Nord, éprouvées par des années d’exil, attendent de retrouver leurs terres. Sans sécurisation de la RN18, il ne peut y avoir ni retour durable, ni reprise des marchés, ni réouverture des écoles.

Chaque camion qui circule sous escorte des FAMa représente un peu de vie retrouvée.

Une guerre d’usure assumée

Face à cette progression, la coalition FLA-JNIM l’a bien compris : elle ne cherche plus l’affrontement direct. Elle se déploie en amont, autour d’Anéfis et de Tabankort, en petits groupes mobiles de 200 à 300 combattants, selon les informations du renseignement, afin de multiplier les embuscades et les attaques à l’aide d’engins explosifs improvisés.

Elle tente également de créer des diversions en multipliant les attaques dans le centre du pays, dans le but d’obliger l’état-major à disperser ses moyens.

C’est une guerre d’usure, et l’armée en a pris la mesure. D’où l’appui aérien intensif fourni dans le cadre de l’opération Dougoukoloko et la progression lente, effectuée par bonds successifs et sécurisés.

Ce dimanche matin, le peuple malien retient son souffle. La colonne avance. Pas rapidement, mais elle avance. Comme l’a rappelé l’état-major, chaque étape est planifiée afin de réduire les risques pour les populations civiles.

Kidal n’est pas une course de vitesse. C’est une reconquête de la souveraineté.

Ça viendra, inch’Allah !

PAR LA REDACTION 

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