La situation humanitaire au Mali franchit un seuil critique. Le Programme alimentaire mondial (PAM) fait face à un besoin de 81,2 millions de dollars, soit plus de 46 milliards de FCFA, pour maintenir ses opérations essentielles jusqu’en février 2027. Selon un rapport publié par le PAM ce mardi 29 septembre 2026, l’agence onusienne est contrainte de restreindre drastiquement ses distributions de vivres faute de ressources suffisantes. Par ailleurs, une menace pèse désormais sur la poursuite des vols humanitaires du Service aérien des Nations Unies (UNHAS) dès le mois de janvier 2027.
Cette asphyxie financière intervient alors que le pays subit de plein fouet les répercussions combinées des conflits et des chocs climatiques. Entre juin et août 2026, au plus fort de la période de soudure, quelque 1,5 million de personnes ont été confrontées à une insécurité alimentaire aiguë.
Une évaluation menée en juin dernier a mis en lumière un fossé alarmant : si 40% des ménages sondés expriment un besoin urgent d’assistance humanitaire, seuls 4% d’entre eux ont effectivement pu en bénéficier au cours des trois mois précédents.
Au total, le Mali accueille plus de 290 000 réfugiés et compte plus de 400 000 déplacés internes, des populations particulièrement exposées.
Dans l’incapacité de maintenir son rythme d’intervention, le PAM a dû revoir ses ambitions à la baisse. Plus de 200 000 personnes vulnérables ont été exclues des programmes d’aide en 2026, tandis que la durée de la prise en charge alimentaire a été divisée par deux, passant de six à trois mois.
Les régions de Ménaka, Gao, Tombouctou, Mopti et Ségou enregistrent les carences les plus graves. Le volet nutritionnel subit le même contrecoup : le nombre de personnes ciblées par les programmes de traitement et de prévention de la malnutrition a chuté de 459 000 en 2025 à 206 000 en 2026.
L’agence avertit que les taux de malnutrition pourraient dépasser le seuil critique des 15% dans certaines poches du nord du pays, en particulier parmi les déplacés.
Autre conséquence directe de cette crise de financement : le Service aérien humanitaire des Nations Unies (UNHAS), géré par le PAM et indispensable à la circulation des secours dans les zones enclavées, pourrait cesser ses activités dès janvier 2027 en l’absence de nouvelles contributions.
Entre janvier et juin 2026, l’UNHAS a pourtant acheminé plus de 3 600 passagers et 42,5 tonnes de fret au profit de près de 100 organisations humanitaires. Ces liaisons ont notamment permis d’effectuer seize vols vers Ménaka et neuf vers Ansongo, des localités où la route demeure le théâtre de risques sécuritaires majeurs.
À l’échelle régionale, la situation est tout aussi préoccupante. Pour l’ensemble du Sahel central, englobant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, le PAM recherche un total de 151 millions de dollars, soit environ 90,6 milliards de FCFA, pour financer ses opérations de septembre 2026 à février 2027. Sur cette période, 5,6 millions de personnes ont vécu une insécurité alimentaire de niveau « crise ».
Sans un sursaut de la communauté internationale, la spirale de la précarité menace de s’installer durablement dans la région.
Par Abdoulaye OUATTARA