L’accès à une électricité fiable demeure un défi majeur sur le continent africain. Selon le dernier Profil panafricain d’Afrobarometer, publié à partir des enquêtes réalisées dans 38 pays africains en 2024/2025, seuls 43 % des répondants déclarent disposer d’une alimentation électrique fonctionnant « la plupart du temps » ou « tout le temps ». Les populations rurales et les ménages à faibles revenus sont particulièrement touchés. 

Le rapport met en évidence de fortes disparités entre les pays et entre les catégories de population. En moyenne, 72 % des Africains vivent dans des zones desservies par un réseau électrique, tandis que 60 % des ménages sont effectivement raccordés au réseau. Mais cette couverture reste très inégale. Le taux de raccordement atteint 83 % en milieu urbain, contre seulement 37 % dans les zones rurales. De même, les citoyens les plus aisés sont davantage raccordés au réseau (86 %) que les populations pauvres (46 %). 

Au-delà de l’accès au réseau, la principale difficulté réside dans la régularité de l’approvisionnement. Seuls 43 % des personnes interrogées déclarent bénéficier d’un courant disponible la plupart du temps ou tout le temps. À l’inverse, 41 % n’ont pas de raccordement ou indiquent que leur connexion ne fonctionne jamais.

Certains pays enregistrent des niveaux particulièrement faibles de fiabilité. Moins d’un répondant sur dix déclare disposer d’un approvisionnement fiable à Madagascar (9 %), en Sierra Leone (8 %), en Guinée (7 %), au Mali (6 %), en Zambie (4 %) et au Tchad (3 %). Ces chiffres illustrent l’ampleur des difficultés auxquelles sont confrontés certains ménages pour disposer d’une électricité régulière.

Le cas de notre pays apparaît ainsi parmi les situations les plus difficiles relevées par l’enquête : seulement 6 % des répondants maliens déclarent bénéficier d’un approvisionnement fiable en électricité.

Les difficultés d’approvisionnement se reflètent également dans l’appréciation portée par les citoyens sur les performances de leurs gouvernements. En moyenne, 45 % des personnes interrogées estiment que leur gouvernement fait un travail satisfaisant en matière de fourniture fiable d’électricité, contre 54 % qui portent une appréciation négative. 

Les niveaux d’approbation sont particulièrement élevés à Maurice (92 %), au Maroc (84 %), aux Seychelles (80 %) et au Botswana (75 %). À l’autre extrémité, seuls 13 % des Zambiens, 12 % des Nigérians et 12 % des Tchadiens accordent une appréciation positive à leur gouvernement sur cette question. 

Ces résultats montrent que la question de l’électricité constitue non seulement un enjeu d’infrastructure, mais également une préoccupation importante pour les citoyens. Afrobarometer rappelle que l’accès à une énergie fiable, abordable et propre constitue une condition importante pour le développement des services de santé, de l’éducation et de la productivité économique. 

Face aux insuffisances du réseau national, de nombreux ménages se tournent vers d’autres sources d’électricité. Près d’un Africain sur quatre (23 %) déclare utiliser une source d’électricité autre que le réseau national. Parmi ceux qui recourent à ces solutions alternatives, 70 % utilisent principalement des panneaux solaires. 

Cette tendance est particulièrement marquée dans les zones rurales. 31 % des habitants ruraux déclarent utiliser des sources alternatives, soit environ deux fois plus que les habitants des zones urbaines (15 %).

Le recours au solaire apparaît ainsi comme l’une des réponses privilégiées aux difficultés d’accès et aux interruptions du réseau. Il témoigne également du potentiel des solutions décentralisées pour compléter les infrastructures électriques nationales, notamment dans les zones éloignées des grands centres urbains.

Les données d’Afrobarometer mettent donc en lumière un double défi : étendre l’accès à l’électricité et améliorer considérablement la fiabilité des réseaux existants. L’écart entre zones urbaines et rurales, ainsi qu’entre ménages aisés et ménages pauvres, souligne également la dimension sociale de la question énergétique.

Pour de nombreux pays africains, l’enjeu consiste désormais à renforcer les infrastructures tout en développant des solutions adaptées aux populations qui restent insuffisamment desservies. Dans ce contexte, les énergies renouvelables, notamment le solaire, apparaissent déjà comme une composante importante des stratégies d’accès à l’électricité.

PAR MODIBO KONÉ

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